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La religieuse Details
Au XVIIIe siècle, une jeune fille nommée Suzanne Simonin est contrainte par ses parents de prononcer ses vœux au terme de son noviciat. En effet, pour de prétendues raisons financières, ceux-ci ont préféré enfermer leur fille au couvent. C’est en réalité parce qu’elle est une enfant illégitime et que sa mère espère ainsi expier sa faute de jeunesse. C’est dans la communauté des clarisses de Longchamp qu’elle rencontre la supérieure de Moni. Celle-ci, une mystique, se lie d’amitié avec la jeune fille avant de mourir. Extrait : Le voici pourtant arrivé ce moment où il s'agissait de montrer si je savais me tenir parole. Un matin, après l'office, je vis entrer la supérieure chez moi. Elle tenait une lettre. Son visage était celui de la tristesse et de l'abattement ; les bras lui tombaient ; il semblait que sa main n'eût pas la force de soulever cette lettre ; elle me regardait ; des larmes semblaient rouler dans ses yeux ; elle se taisait et moi aussi ; elle attendait que je parlasse la première ; j'en fus tentée, mais je me retins. Elle me demanda comment je me portais ; que l'office avait été bien long aujourd'hui ; que j'avais un peu toussé ; que je lui paraissais indisposée. À tout cela je répondis : « Non, ma chère mère. » Elle tenait toujours sa lettre d'une main pendante ; au milieu de ces questions, elle la posa sur ses genoux, et sa main la cachait en partie ; enfin, après avoir tourné autour de quelques questions sur mon père, sur ma mère, voyant que je ne lui demandais point ce que c'était que ce papier, elle me dit : « Voilà une lettre... »

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La Religieuse/Denis Diderot (1713-1784)Suzanne Simonin est une bâtarde, fruit d??un adultère maternel, contrainte par sa famille à s??engager en religion. Elle s??adresse au Marquis de C. pour qu??il lui porte secours et lui conte sa vie semée d??épreuves et d??humiliations.« Mon corps est ici, mais mon c?ur n??y est pas, il est au dehors, et s??il fallait opter entre la mort et la clôture perpétuelle, je ne balancerais pas à mourir ». Ainsi s??exprime Suzanne auprès du marquis ; elle ne manque pas de grandeur d??âme au demeurant : « J??ai souffert. J??ai beaucoup souffert, mais le sort de mes persécutrices me paraît et m??a toujours paru plus à plaindre que le mien. »Sa révolte contre le despotisme familial et les effets déplorables du célibat des prêtres, sont deux aspects essentiels du romanCe roman que Diderot a mis 22 ans à écrire (1760-1782), présente non seulement un aspect pathétique de par la misère morale de Suzanne mais encore politique du fait que Suzanne ne demande que justice. C??est aussi un roman qui se penche sur les passions troubles engendrées par les interdits sexuels. Les âmes et les corps sont au c?ur du récit.La Religieuse est une ?uvre posthume puisqu??elle ne fut publiée qu??en 1796. Ce brûlot anticlérical ne pouvait paraître avant la Révolution. Diderot mettant au défit quiconque de trouver quoi que ce soit de criminel dans le plaisir sexuel allait à l??encontre des bonnes m?urs de l??époque. ?voquer même de façon allusive et mettre en scène indirectement le lesbianisme régnant au couvent de Saint-Eutrope eût été passible de la prison.« Le premier soir, j??eus la visite de la supérieure ; elle vint à mon déshabiller. Ce fut elle qui m??ôta mon voile et ma guimpe et qui me coiffa de nuit, ce fut elle qui me déshabilla. Elle me tint cent propos doux et me fit mille caresses qui m??embarrassèrent un peu?Elle me baisa le cou, les épaules, les bras? »Il faut bien voir que même au XIX é siècle, la Religieuse fait partie de ces ?uvres inavouables que la pudibonderie du temps censure et que les tribunaux condamnent, mais que tout le monde lit !Diderot, dans la droite ligne de la pensée des Lumières laisse poindre son matérialisme et fait montre de son militantisme pour le droit à la sexualité dont il affirme haut et fort que c??est un besoin vital. Cependant en homme bien éduqué et respectueux des conventions, Diderot use du régime allusif pour nous décrire les scènes comme celle du clavecin, jetant un voile sur la réalité licencieuse que la bienséance exige de ne pas restituer littéralement.« Je fis d??abord des accords, ensuite je jouai quelques pièces de Couperin, de Rameau, de Scarlatti ; cependant elle avait levé un coin de mon linge de cou, sa main était placée sur mon épaule nue et l??extrémité de ses doigts posée sur ma gorge. La main qu??elle avait posée sur mon genou se promenant sur tous mes vêtements depuis l??extrémité de mes pieds jusqu??à ma ceinture. Enfin il vint un moment, je ne sais si ce fut de plaisir ou de peine, où elle devint pâle comme la mort, ses yeux se fermèrent d??abord, sa bouche s??entrouvrit et elle me parut mourir en poussant un grand soupir. Et elle écartait mon linge de cou et de tête, elle entrouvrait le haut de ma robe, mes cheveux tombaient épars sur mes épaules découvertes, ma poitrine était à demi nue et ses baisers se répandaient sur mon cou, sur mes épaules découvertes et sur ma poitrine à demi nue. »Diderot poursuit le combat des Lumières et prêche pour l??universalité de la liberté. Il se rebelle et son anticléricalisme se fait jour nettement au fil des pages :« Les couvents sont-ils donc si essentiels à la constitution d??un ?tat ? Jésus-Christ a-t-il institué des moines et des religieuses ? Quel besoin a l??époux de tant de vierges folles et l??espèce humaine de tant de victimes ? Toutes les prières de routine qui se font là valent-elles une obole que la commisération donne au pauvre ? Toutes ces cérémonies lugubres qu??on observe à la pris d??habit et à la profession quand on consacre un homme ou une femme à la vie monastique et au malheur, suspendent-elles les fonctions animales ? Au contraire, ne se réveillent-elles pas dans le silence, la contrainte et l??oisiveté avec une violence inconnue aux gens du monde qu??une foule de distractions emportent ? Faire v?u de pauvreté, c??est s??engager par serment à être paresseux et voleur. Faire v?u de chasteté, c??est promettre à Dieu l??infraction constante de la plus sage et de la plus importante de ses lois?.La vie claustrale est d??un fanatique ou d??un hypocrite. »Enfin, c??est avec beaucoup de tendresse et de délicatesse que Diderot nous conte l??histoire de S?ur Suzanne.


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